mardi 10 septembre 2013

Un week-end entre femmes francophones

Voici l'article que j'ai écrit pour l'Aquilon, le journal francophone de Yellowknife.

Entr’elles, une fin de semaine de canot-camping entre femmes de la francophonie

Messieurs, méfiez-vous, vous n’êtes plus essentiels en camping! Lors de la fin de semaine Entr’elles organisée par l’Association franco-culturelle de Yellowknife, les participantes ont prouvé qu’elles n’avaient pas besoin de vous pour attacher et débarquer des canots, se diriger dans les vagues et assurer les portages, fileter des poissons ou encore faire du feu! 
L’idée d’organiser une sortie entre femmes francophones trottait dans la tête de Pascaline Gréau, la directrice de l’AFCY, depuis un moment déjà. En discutant avec Catherine Mallet de North Soul Adventures, Mme Gréau s’est aperçue que cette dernière recevait beaucoup de demandes pour organiser des excursions de canot-camping entre femmes. D’après Mme Mallet, «ºen camping, ce sont souvent les hommes qui prennent en main les tâches ardues; les femmes sont intéressées par des sorties entièrement féminines leur permettant de prendre des initiatives et de voir qu’elles sont capables de faire les mêmes choses. Certaines femmes se sentent aussi plus à l’aise quand elles sont entre femmesº». C’est justement l’aspect féminin de l’aventure qui a motivé Mélanie, originaire du Québec : «ºJ’aimais bien l’idée de partager avec d’autres femmes, et je trouvais intéressant  de faire une sortie avec le point de vue des femmes, car c’est une activité pour laquelle on compte souvent sur les hommesº».
Entr’elles a réuni 17 femmes de la francophonie aux profils variés. Originaires du Québec, de l’Ontario, de la France, du Nouveau-Brunswick et des TNO, certaines n’avaient jamais fait de canot-camping, d’autres avaient expérimenté le camping et le canot, mais pas les deux ensembles, mais toutes étaient impatientes de relever le défi. Manon, originaire du Québec et à Yellowknife depuis peu, avait vraiment envie de plein-air : «ºJ’avais vraiment hâte de faire ma première sortie en canot-camping, et qui plus est à Yellowknife. Je voulais voir comment ça se passait, l’organisation derrière tout ça.º»
Lors d’une réunion préparatoire en début de semaine, les participantes ont décidé ensemble de leur destination, des conditions de l’expédition et des horaires, et elles ont mis au point une liste des affaires à emporter. Le jour venu, au lac Prelude, une fois les canots chargés du matériel et de la nourriture, Catherine Mallet a expliqué les six gestes essentiels du canotage, et décrit la configuration des embarcations pour assurer la stabilité des chargements. Elle n’a pas oublié d’expliquer les différentes utilisations de la pagaie pour communiquer une fois sur l’eau quand la voix ne porte pas.
Nos francophones se sont ensuite élancées sous le beau soleil ténois, direction River Lake. L’eau calme était idéale pour répéter les gestes appris, tourner en rond et s’enfoncer dans les frêles. Le convoi de charme a d’abord suivi une étroite rivière avant de déboucher sur River Lake. Les rassemblements réguliers, canots alignés les uns contre les autres et dérivant au gré du courant, permettaient de faire le point sur la technique et de répondre aux questions. L’ambiance était bon enfant.
Après quelques heures et un arrêt pique-nique sur les rochers, l’installation du camp a donné lieu à de nombreux échanges. Natasha, ayant toujours vécu aux TNO, était impatiente de pratiquer son français : «ºJ’ai pris un cours de français de cinq semaines cet été, et je voulais participer à cette expédition pour pratiquer la langue et faire enfin du canot-camping, ce dont je n’avais pas eu l’occasion depuis longtemps.º» 
L’atelier de filetage de poisson était très attendu. Stéphanie Vaillancourt, qui pêche sur le Grand lac aux Esclaves depuis cinq ans, a patiemment montré aux participantes comment faire les bonnes entailles, couper la tête du poisson, le vider et le fileter en enlevant les os et les arêtes et sans en massacrer la chair! C’est tout un art qui s’apprend dans les fous rires. Aucune arête n’a semble-t-il été signalée lors du dîner de corégones grillés!
Diane Boudreau, autre visage connu de la communauté francophone, s’est fait un plaisir de faire découvrir les plantes identifiées en cours de route, comme le thé du Labrador, les canneberges, les raisins d’ours, le genévrier ou la prêle des bois. Aucun champignon n’a accompagné le petit-déjeuner du lendemain cependant, faute de cueillette productive.
Pour les moins expérimentées, l’encadrement par des professionnelles habituées aux activités en plein air était un soulagement. Le dimanche, les conditions avaient changé et l’eau était assez agitée. DianeºC., originaire elle aussi du Québec, avait des craintes sur ses capacités dans cette situation : «ºJ'avais une seule expérience de canot et elle remonte à plus de vingt ans! Je craignais de ne pas être à la hauteur alors que tout s'est admirablement bien passé.º»
On sait qu’une aventure est réussie quand on n’a pas envie de rentrer à la maison; le sentiment était partagé par toutes, notamment par Diane : «ºJe garde en mémoire la rencontre de ces femmes incroyables, courageuses et tellement pleines de potentiel. Je ne suis pas assez sportive alors je dois parfois me lancer des défis comme celui-ci. J'y ai travaillé la confiance en soi et dans les autres et ce fût une réussite.º»
Le meilleur moment du week-end? Les femmes sont unanimes, c’est la nature qui éblouit toujours, et les aurores boréales, exceptionnelles ce soir-là, resteront gravées dans les esprits. Puis chacune s’empresse d’ajouter qu’elle a adoré faire du canot, monter le camp et se détendre au bord de l’eau, apprendre le filetage de poisson ou encore partager le repas du soir et discuter autour du feu; elles sont contentes d’avoir échangé avec d’autres femmes et se réjouissent de la bonne humeur qui a régné toute la fin de semaine. Mme Gréau espère pouvoir renouveler l’expérience l’année prochaine, voire mettre sur pied une édition hivernale d’Entr’elles. La participation ne devrait pas manquer.

mercredi 14 août 2013

Calgary-Yellowknife, soit 1800km par la route

Ma mission était d'aller chercher la voiture de tous mes désirs à Calgary et de faire la route du retour pendant le week-end; j'étais impatiente car j'étais arrivée à YK par avion l'année dernière. C'est bien de prendre cette route au moins une fois, pour l'aspect mythique de passer le 60e parallèle en voiture, pour observer le changement des paysages et pour bien prendre la mesure du trou dans lequel on va s'enterrer!
Un peu après Enterprise, aux TNO. Grand lac des Esclaves en arrière plan
-j’ai parcouru en 2 jours ce que l’avion a fait en 2h samedi matin;
-le paysage entre Peace River et High Level est chiant à mourir;
-on a beau faire confiance à la voiture qui annonce qu’on peut se rendre à destination avec l’essence qu’il reste, le voyant orange qui s’allume et le décompte du nombre de kilomètres alors qu’on n'a pas vu depuis longtemps un panneau annonçant à quelle distance se trouve la prochaine ville peuvent avoir de graves conséquences psychologiques;
-High Level semble chiant comme la mort;
Je ne sais pas pourquoi, le nom me faisait fantasmer, comme d'autres bourgades, Medicine Hat, Grande Prairie, Indian Cabins; pas de quoi franchement.
-je ne suis pas sûre de l’existence de Peace River; je suis arrivée de nuit et suis repartie dans un brouillard à couper au couteau;
-le comble du road trip en Alberta serait de tomber en rade d'essence entre Peace River et High Level;
-c’est quand il y a du brouillard que les biches et les renards choisissent de traverser la route;
-j’ai testé mes phares, mes essuie-glaces, la clim, le cruise control en Alberta; aux TNO c’était plutôt la suspension et la direction; ah et les freins aussi, à cause des bisons nonchalants sur la route, des espèces de grues hésitantes (on traverse? on traverse pas? on attend?  aaahhhrrrrgghhh une voiture, demi-tour!), et des écureuils suicidaires;
-dans le Nord de Alberta, c’est tellement plat que les couchers de soleil semblent ne pas finir;
-en achetant la voiture, j’avais une garantie d’échange de 7 jours ou 1000 kilomètres; je n’y avais plus droit dès le soir de mon achat tellement j’habite loin; 
-c'est fou ce que la pellicule d'insectes morts peut coller au pare-brise après une telle distance; 
-niveau paysage, c'est plutôt simple: c'est très plat entre Calgary et Edmonton, vallonné jusqu'à Peace River, chiant re-plat après Peace River;
-plus on monte vers le Nord, moins il y a de feuillus et d'herbe verte et plus les conifères dominent;
-au centre des visiteurs du 60e parallèle, on offre du café et du thé gratuits, et des exemplaires empaillés de mammifères iconiques du Nord y sont présentés; on peut même obtenir un certificat faisant état de son incursion au Nord du 60e;


vendredi 9 août 2013

Fort Smith, ses rapides, ses pélicans, ses bisons


Les jeunes de Yellowknife avides d’aventures et d’activités en plein air le portent tous, le t-shirt du Paddlefest 2012 arborant un mini-van transportant des kayaks sur son toit en route pour cette célébration du kayak à Fort Smith; cette petite ville des TNO est située à l’est et au sud de Yellowknife, à la frontière avec l’Alberta. Il me fallait ce t-shirt. Et le Paddlefest, même si je ne fais pas de kayak, semblait une bonne occasion de découvrir le coin, qui m’attirait surtout pour le parc national Wood Buffalo et ses merveilles. Le parc est le plus grand du Canada et avait été créé pour protéger la fragile population de bisons à l’époque. En plus, la plupart des copains y allaient, ça promettait d’être animé!
Les Mountain Rapids sur la rivière des Esclaves
Le week-end dernier comptait 3 jours avec le lundi férié pour-on-ne-sait-plus-quelle-raison, et il fallait bien ça pour faire la route (740km entre Yellowknife et Fort Smith) qu’on a avalée en 8h30 après le boulot vendredi soir, même avec un canot sur le toit et malgré les routes de gravier. Bilan, Fort Smith est une bourgade bien agréable, le Paddlefest un événement à ne pas manquer au moins pour la bonne ambiance qui y règne, et la région est vraiment belle, un changement verdoyant bienvenu par rapport à la roche pratiquement nue de Yellowknife. Seul point noir, les organisateurs ont changé le motif du t‑shirt cette année qui arbore les méandres de la rivière des Esclaves (ceci-dit, il est vraiment chouette)! Bien fait pour moi.
Le site du Paddlefest est installé sur des rochers devant les Mountain Rapids; l'avantage, c'est que les moustiques ne s'aventurent pas au bord de l'eau tumultueuse et c'est tant mieux! Pendant l'événement, il y a des compétitions de kayak, des courses à la nage dans les rapides, des ateliers pour apprendre à esquimauter, un feu pour faire griller des saucisses et du bannock (pain autochtone), des tours de rafting, etc. On peut aussi se prélasser sur la plage et observer les pélicans pendant des heures! Les organisateurs ont même loué une salle pour le party du samedi soir; à Fort Smith, 2500 habitants, on peut danser sur les derniers tubes jusqu'au milieu de la nuit...
Cuisson du bannock (farine, lard ou graisse végétale, levure, eau) sur le feu
Pine Lake

Le lendemain, l'objectif était de s'enfoncer un peu plus dans le parc national, direction Pine Lake, un lac très bleu au milieu de la forêt boréale. 60km sur une route caillouteuse, ça nous a coûté un pneu à plat le lendemain, mais heureusement, on s'en est bien sorti. Arrivés au lac, le site et la plage paradisiaques sont déserts. Il y a anguille sous roche, ou baleine sous caillou. Effectivement, après nous être mis en maillot et trempés les pieds, nous avons été assaillis, dévorés, agressés, énervés, piqués, re-piqués et re-re-piqués par une horde de moustiques et de taons! Ils nous suivaient même sur l'eau. Seule solution, prendre le canot pour se réfugier au milieu du lac (plus ou moins turquoise en raison des algues qui y poussent).
 
Le lac a été formé par des dolines; l'eau est peu profonde au bord, puis la pente devient abrupte en quelques mètres

Le 3e jour, après avoir trouvé une bonne âme pour réparer notre pneu en ce jour férié et profité du petit-déjeuner de pancakes organisé au musée, nous avons repris la route en faisant un arrêt aux fameuses plaines salées du parc. Alex ayant fait les frais d'une tenue estivale la veille, nous étions prévenus: armure intégrale contre les maringouins fortement recommandée! Les salauds m'ont eue aux coins des yeux, entre ma capuche, mon bandana et mes lunettes, il faut admirer leur motivation. Le paysage était époustouflant et surtout inattendu, style grandes plaines du far west
Fort Smith vaut bien le détour et mérite plus de 3 jours; assurez-vous d'avoir un vrai pneu de secours et de l'antimoustique bien chimique, ou mieux, enroulez-vous dans une moustiquaire si vous sortez dans les bois.

Oui, c'est bien du sel!
Traces de bisons